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Une culture cambrésienne

Cambrai, terre de maitrise

Centre de culture carolingienne au Haut Moyen-âge, Cambrai devient rapidement un haut de lieu de la musique médiévale. Sa Schola cantorum était divisée en une Schola interior réservée aux pueri oblati, les enfants voués au clergé, et une Schola exterior pour les nutriti, qui eux n’étaient pas destinés à la vie monacale et devaient pourvoir à leurs propres besoins.

Villard de Honnecourt - Choeur de Cambrai
Villard de Honnecourt - Choeur de Cambrai  

Villard de Honnecourt - Choeur de Cambrai

 

A la Renaissance, les anciennes Scholae cantorum médiévales furent petit à petit supplantées par les maîtrises. Ces dernières offraient aux jeunes garçons une solide éducation dans les artes liberales : outre la grammaire, les langues et autres matières rhétoriques ou générales, on leur donnait une vaste formation musicale. Cet enseignement était une synthèse de théorie et de pratique et incluait entre autres le chant grégorien (musica plana), la polyphonie (musica figuralis) et l’improvisation (contrapunte alla mente).

 

Terre de maîtrise, le Cambrésis est un des centres incontournables dans la formation des musiciens à la Renaissance :  Jean de Bonmarché, Philippe Caron, Loyset Compère, Jean Cornuel, Jean Courtois, Josquin Desprez, Laurent Devos, Guilaume Du Fay, Noé Faignient, Mathieu Gascongne, Johannes Hasprois, Jacobus de Kerle, Richard Loqueville, Johannes Lupi, Jacob Obrecht, Roger Pathie, Louis van Pullaert, Johannes Regis, Crispin van Stappen, Johannes Tinctoris, … tous sont passés par la maîtrise de la Cathédrale de Cambrai ! 

 

Guillaume Dufay
Guillaume Dufay  

Guillaume Dufay

Le fonctionnement des maîtrises reposait sur un échange de bons procédés : les écoles logeaient, nourrissaient et éduquaient les jeunes garçons, et en contrepartie ces derniers devaient magnifier les services liturgiques et les fêtes religieuses. Guillaume Du Fay (ca 1400-1474), figure emblématique de Cambrai, a été formé et a grandi au sein de la fameuse école cathédrale de la ville. 

 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la maîtrise de Notre-Dame de Cambrai est composée d’une vingtaine de personnes. Elle est dirigée par un maître de musique dont elle tire le nom. Il veille sur plus d’une dizaine de musiciens et de chanteurs professionnels, clercs ou  laïcs, qui apportent leurs concours au bon déroulement des offices. Enfin, elle est constituée d’enfants de chœurs (« les choraux ») dont les voix jeunes, hautes et claires, soutiennent et transcendent la psalmodie des heures canoniales. 

 

Spécificité cambrésienne, le chapitre métropolitain de Cambrai, après avoir pris soin des conditions de vie et d’études scolaires et musicales des enfants de chœur, se montre très soucieux de leur devenir. A ceux qui par leur voix ont soutenu l’éclat de l’opus Dei et qui ont été de dignes auxiliaires des chanoines dans la mission qui leur incombe, il accorde un soutien sans faille tout au long de leur existence. Il leur facilite les voies d’accès à la carrière cléricale. Ceux qui choisissent de poursuivre une carrière de musiciens professionnels ne s’éloignent pas pour autant de l’institution ecclésiastique. Pour eux également, le concours capitulaire est tout aussi important. Le passage par la maîtrise de la métropole de Cambrai est une référence majeure, un véritable viatique, pour une activité où l’Eglise est l’un des principaux employeurs. Quelle que soit la voie empruntée par les anciens enfants de chœurs, la plupart d’entre eux sont assurés de la protection d’un chapitre puissant voulant leur témoigner sa gratitude. Les chanoines considèrent que ces enfants ont choisi la plus belle part, celle du service divin : ils doivent en récolter les fruits.

Ancienne Cathédrale de Cambrai
Ancienne Cathédrale de Cambrai  

Ancienne Cathédrale de Cambrai

 

Jusqu’au début du XIXe siècle, les maîtrises capitulaires étaient les principales écoles de musique existant en France. Au lendemain des troubles de 1789, les chapitres des cathédrales et les maîtrises sont dispersés, ces dernières souffrant des profondes modifications de l’environnement politique, social, économique et culturel. L’hostilité envers le clergé, la création des conservatoires et la place de plus en plus importante de la musique instrumentale à la fin du XVIIIe sont d’autres facteurs déterminants. Ainsi, les causes de la disparition des maîtrises ne se trouvent-elles pas dans les principes d’organisation et de fonctionnement de ces écoles, mais dans le changement de contexte historique et musical. Les conséquences sont désastreuses pour l’enseignement musical et la tradition vocale en France. Les principaux maîtres de musique sont dispersés et les conservatoires ne favorisent pas le chant. Seules quelques rares institutions survivent comme la maîtrise de Notre-Dame de Paris.

 

Dans les années 1980-90, sous l’impulsion de l’Etat et de nombreuses associations, plusieurs projets d’écoles maîtrisiennes voient le jour et tentent de restaurer la richesse de ce type spécifique d’enseignement (voir annexe 1), dans la tradition des anciennes maîtrises.

 

Après plusieurs années d’initiatives souvent privées ou isolées, et une prise en considération de l’art vocal dans l’enseignement musical (« chant choral » dans les conservatoires), une réflexion de fond sur la richesse de l’enseignement maîtrisien a abouti sur un rapport de l’IFAC en 2005 (annexe XX).  Enfin, en juillet 2006, les ministères de la Culture et de l’Education Nationale ont publié des textes relatifs à l’aménagement des horaires dans les classes à projet musical (CHAM), notamment à dominante « vocale ».

 

Le temps de la renaissance est venu pour la Maîtrise-Cathédrale de Cambrai…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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